Je réponds directement : non. Un père n’est pas obligé de couper le cordon.

Ce n’est pas inscrit dans un protocole, ce n’est pas une obligation médicale, et refuser ne fait pas de toi un mauvais père. Si tu te poses cette question (et beaucoup de futurs pères se la posent sans oser la formuler) la réponse est simple : tu as le choix.

Ce que je veux explorer dans cet article, c’est ce que ce choix représente vraiment. Ce que couper le cordon signifie physiologiquement, symboliquement, et ce qu’un père peut faire à la place pour être vraiment présent et vraiment utile ce jour-là.

Pourquoi on propose aux pères de couper le cordon

Avant de répondre à la question « est-ce qu’un père est obligé de couper le cordon », il vaut la peine de comprendre d’où vient cette pratique.

Pendant des décennies, le père en salle de naissance était soit absent, soit spectateur. Pas vraiment intégré au processus, pas vraiment consulté. Quand la présence des pères à l’accouchement est devenue la norme, il a fallu trouver comment les inclure.

Couper le cordon est apparu comme une solution : un geste symbolique, rapide, pas trop médicalement impliquant. Et ça a pris — au point que c’est devenu, dans beaucoup d’esprits, le geste du père à la naissance.

L’intention est bonne. Mais est-ce que c’est suffisant ? Est-ce que ce geste représente vraiment la place qu’un père peut occuper à la naissance de son enfant ?

Un père peut choisir de couper le cordon de son bébé ou pas

Ce que couper le cordon représente vraiment

Couper le cordon ombilical, c’est mettre fin au lien physique entre le bébé et sa mère. Ce lien a nourri ton enfant pendant neuf mois, l’a maintenu en vie.

Concrètement, c’est le premier geste physique que tu poses sur cet enfant. Et c’est un geste de séparation, pas d’union.

Je ne dis pas ça pour t’en dissuader si c’est un geste qui fait sens pour toi. Chaque père est libre de le faire ou non, et personne ne peut t’enlever ça. Mais je dis qu’il mérite d’être regardé clairement, plutôt que d’être fait parce qu’on te l’a proposé sans que tu aies vraiment choisi.

Il y a aussi une dimension culturelle intéressante. Robin Lim (sage-femme, personnalité de l’année 2011 désignée par la CNN, qui consacre sa vie à la naissance physiologique) m’a appris que dans certaines cultures, on préfère que ce soit un inconnu qui coupe le cordon. Précisément pour que le père ne soit pas symboliquement celui qui pose ce premier geste de séparation entre la mère et son enfant.

Ça contraste avec ce qu’on propose presque systématiquement ici comme « moment du père. »

Ce que peu de pères savent sur le cordon avant de le couper

Avant de répondre à la question de savoir si couper le cordon, il faut savoir ce que le cordon fait encore après la naissance. Et là, beaucoup de futurs pères sont surpris.

À la naissance de ton bébé, entre 25 et 40% de son volume sanguin total est encore dans le placenta. Pas dans son corps : dans le placenta.

Ce sang lui appartient. Il contient des réserves de fer, des globules rouges, des anticorps, de l’oxygène. Et il revient naturellement dans son corps par le cordon, à condition qu’on laisse ce dernier battre jusqu’au bout.

Le cordon continue de pulser après la naissance, parfois une minute, souvent deux à trois. Quand il cesse de battre spontanément, le transfert est terminé. Ton bébé a reçu ce qui lui revient.

Si on coupe le cordon trop tôt (dans les premières secondes, comme c’est souvent le cas) une partie de ce sang reste dans le placenta. L’OMS recommande officiellement d’attendre au minimum une à trois minutes depuis 2014. Dans beaucoup de maternités, couper rapidement reste la norme — par habitude, par protocole, pas par malveillance.

C’est précisément pour ça que la question de « père couper le cordon : oui ou non » mérite d’être posée avant le jour J, pas dans la salle de naissance.

Un père est-il vraiment obligé de couper le cordon ? La réponse claire

Non. Un père n’est jamais obligé de couper le cordon.

Tu peux refuser sans te justifier, sans que ça soit mal perçu par l’équipe médicale, et sans que ça change quoi que ce soit à ta légitimité en tant que père.

Si tu ne veux pas le faire, pour une raison ou pour une autre, tu peux simplement dire « je ne souhaite pas couper le cordon » et laisser ta compagne, la sage-femme ou l’obstétricien le faire à ta place.

Si tu veux le faire, tu peux. Et dans ce cas, le plus important n’est pas de savoir si tu coupes ou non, c’est de savoir quand et pourquoi, avec quelle intention. Attendre que le cordon ait fini de battre avant de le couper, ça ne demande que quelques minutes. Et ça change quelque chose de concret pour ton bébé.

Ce que tu peux faire à la place et pourquoi c’est plus puissant

C’est là que je veux te parler de ce que j’ai appris avec Robin Lim.

Elle travaille depuis des années sur le rôle concret des pères à la naissance. Et le conseil qu’elle leur transmet systématiquement est celui-ci : au lieu de prendre les ciseaux, prends le cordon dans le creux de ta main. Sens-le battre.

Ce geste va probablement surprendre l’équipe médicale car ce n’est pas dans leurs habitudes. Mais une fois que tu as senti ce pouls sous tes doigts, quelque chose se passe. Tu deviens gardien de l’intégrité physique de ton bébé. Personne ne coupe ce cordon avant qu’il ait terminé son travail.

C’est un geste silencieux. Tu n’as pas besoin d’argumenter, de négocier, ni de te mettre en opposition avec l’équipe médicale. Ta présence physique, ta main sur ce cordon, dit tout.

Comme premier geste de père, tenir ce cordon jusqu’à ce qu’il s’arrête tout seul, je trouve ça extraordinairement beau. Et concret.

Comment en parler avec ta partenaire et le noter dans votre projet de naissance

Le meilleur moment pour décider si tu veux couper le cordon et surtout avec quelle intention et dans quelles conditions c’est maintenant.

Voilà ce que je te propose concrètement.

Parle-en avec ta partenaire. Est-ce qu’elle savait ça sur la physiologie du cordon ? Est-ce que vous avez déjà abordé la question du clampage tardif ? Qu’est-ce que ce geste représente pour elle, pour toi ?

Notez-le dans votre projet de naissance. Quelle que soit votre décision, elle mérite d’être écrite. Quelques formulations possibles :

  • « Clampage tardif du cordon souhaité, attendre l’arrêt spontané des pulsations. »
  • « Père ne souhaite pas couper le cordon, à laisser à la sage-femme après arrêt des pulsations. »

Même si l’équipe médicale n’a pas le temps de lire le projet de naissance (ou si elle oublie ce qu’il contient), le fait de l’avoir travaillé ensemble changera votre posture le jour J. Vous serez plus à l’aise pour exprimer clairement et défendre vos souhaits.

Ce que la question « père couper le cordon » dit vraiment de ton rôle

Il y a quelque chose que j’entends souvent de la part des pères, après coup : « Je ne savais pas trop ce que je faisais là. » Surtout parce que personne ne leur avait vraiment expliqué ce qu’ils pouvaient apporter, concrètement, à ce moment-là.

La question « père couper le cordon : oui ou non » est finalement secondaire. Ce qui compte, c’est ce que tu fais de ta présence dans cette salle. Ta capacité à être informé. À protéger. À défendre ce qui compte pour ton bébé et pour ta partenaire.

Tu peux couper le cordon. Tu peux ne pas le couper. Tu peux tenir ce cordon dans ta main jusqu’à ce qu’il s’arrête de battre. Ce qui fait de toi un père présent, ce n’est pas le geste en lui-même, c’est la façon dont tu es là.

Pour aller plus loin

J’aborde ce sujet et bien d’autres dans le défi Gardiens de la Naissance, un programme audio que j’ai créé spécialement pour les futurs pères. Physiologie, rôle concret à la naissance, projet de naissance : tout ce qu’on ne t’explique pas forcément en cours de préparation, en format audio, à ton rythme.

Tu peux rejoindre le défi ici.

Sources : Recommandations de l’OMS sur le clampage du cordon ombilical (2014) — who.int

Photos : Oleksii Bocharov / Unsplash, Rdne / Pexels

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *