Maël a attendu un burn-out pour aller voir un psy. C’était l’excuse qu’il lui fallait. Mon conjoint aussi. En y repensant, c’est la même chose pour presque tous les pères que j’ai interviewés dans le podcast Gardiens de la Naissance qui ont fini par faire de la thérapie : le point de départ n’a jamais été une envie de se comprendre mieux. Ça a toujours été un mur. Une limite atteinte.

Si tu lis cet article, c’est peut-être parce que tu sens que quelque chose ne va pas. Ou parce que tu veux comprendre ce que tu vis depuis que ton enfant est né, ou depuis que ta partenaire est enceinte. Dans tous les cas, tu es au bon endroit.

Je précise La dépression chez le père existe. Elle est fréquente. Et elle ne ressemble presque jamais à ce qu’on imagine.

Pourquoi on dit « post-partum » alors que les pères n’accouchent pas ?

C’est une bonne question et certaines professionnelles de la périnatalité la posent. « Post-partum » signifie littéralement « après l’accouchement ». Les pères n’accouchent pas. Donc terminologiquement, ce n’est pas tout à fait exact.

La différence est subtile mais importante. Chez la mère, la dépression post-partum est liée à plusieurs facteurs : le bouleversement identitaire, le stress, les changements de vie, exactement comme chez le père. Mais elle inclut aussi les changements hormonaux et physiologiques de l’accouchement, qui constituent un facteur de vulnérabilité supplémentaire.

Certaines professionnelles préfèrent donc parler de « dépression paternelle postnatale » ou simplement de « dépression du père », des termes plus justes sur le plan médical.

Mais on continue à utiliser « post-partum » ici pour une raison simple : c’est le terme qui permet aux pères de se reconnaître dans ce qui est écrit, de savoir que la recherche existe pour eux aussi. C’est un raccourci, certes imparfait. Mais il a le mérite de dire clairement : oui, c’est aussi pour vous.

La dépression post-partum paternelle : plus fréquente qu’on ne le pense

Les études estiment entre 8 et 13% les pères qui vivent une dépression postnatale diagnostiquée. Si on y ajoute l’anxiété et les traumatismes périnataux non reconnus, le chiffre réel est bien plus élevé. Et la quasi-totalité ne reçoit aucun soutien.

Pas parce que les ressources n’existent pas mais parce que personne ne leur a dit que c’était pour eux aussi. Parce que les symptômes de la dépression chez le père ne ressemblent pas aux représentations qu’on en a. Et parce qu’on ne leur pose pas du tout la question.

La dépression post-partum touche aussi bien les pères biologiques que les co-parents, adoptifs, ou les pères qui n’ont pas vécu directement la naissance. Ce n’est pas lié à l’accouchement en soi, c’est lié au bouleversement identitaire que représente le fait de devenir parent.

Les symptômes de la dépression postnatale chez le père

C’est là que tout se complique. Parce que chez les pères, la dépression postnatale ne ressemble pas à de la tristesse visible. Pas à des pleurs. Pas à au stéréotype de la dépression. Et c’est pour ça qu’elle passe sous les radars, chez toi comme autour de toi.

L’irritabilité qui surgit sans raison apparente

Tu t’énerves pour des choses qui ne méritent pas ça. Une remarque anodine, un bruit, quelque chose qui tombe. La réaction est disproportionnée et tu le sais, mais tu n’arrives pas à la contrôler.

Ce n’est pas de la mauvaise humeur, c’est souvent le signe d’un débordement émotionnel que tu n’as pas d’espace pour exprimer autrement.

Le surinvestissement au travail

Les heures s’allongent. Tu restes plus tard, tu prends plus de projets, tu te rends indispensable. Ce n’est pas de l’ambition, c’est une façon de ne pas être là, sans avoir à l’expliquer.

Le travail devient un espace où tu contrôles les choses, où tu te sens compétent, à une période où tout le reste te semble instable.

Le détachement progressif

Tu es là physiquement, mais pas vraiment là. Tu regardes ta partenaire, ton enfant, votre vie, avec une sorte de vitre entre vous et toi. Pas par manque d’amour mais par épuisement émotionnel.

Thibault m’a dit avoir beaucoup pleuré après la naissance de sa fille. Pas de tristesse, pas de regrets. Juste le deuil réel de sa vie d’avant, qu’il a dû faire seul, parce que personne ne lui avait dit que c’était normal.

L’incapacité à demander de l’aide

Tu sais que ça ne va pas. Mais demander de l’aide, ça ressemble à un aveu d’échec. À quelque chose que tu n’es pas supposé faire. Alors tu continues, tu tiens, tu fais bonne figure. Jusqu’au mur.

L’anxiété paternelle : les symptômes qu’on confond avec du stress

La dépression post-partum chez le père est souvent accompagnée d’anxiété, ou remplacée par elle. Les symptômes de l’anxiété paternelle sont encore moins reconnus.

Ça peut ressembler à : vérifier le babyphone en boucle même quand tout va bien, surveiller les comptes bancaires de façon obsessionnelle, l’impossibilité de rester assis sans faire quelque chose, le sentiment d’échouer quoi que tu fasses, une hypervigilance permanente qui épuise.

On appelle ça du stress, mais c’est souvent de l’anxiété.

père au bout du rouleau

Pourquoi tu ne l’as pas vu venir

Je te rassure : ce n’est pas que tu n’es pas fait pour être père.

C’est juste qu’on ne t’a jamais appris à exprimer le deuil. À accueillir la tristesse ou la colère. À dire « je suis dépassé » sans que ça ressemble à un aveu d’échec. On t’a appris à tenir. À faire bonne figure. À « être fort ».

Ces normes de masculinité, transmises depuis l’enfance, font que les pères arrivent à l’un des bouleversements identitaires les plus profonds de leur vie sans aucun outil pour le traverser.

Nicolas m’a raconté ces secondes après la naissance où son bébé n’a pas respiré tout de suite. Il a cru au pire. Seul dans un coin de la salle, pendant que la sage-femme s’activait. Tout allait bien. Mais cette image ne le quitte pas. Personne ne lui a demandé comment il allait après.

Ce n’est pas un traumatisme qu’on t’a appris à exprimer et pourtant il est là.

Si tu te reconnais dans ce que tu viens de lire

Tu n’es pas seul. Et tu n’as pas à attendre un mur pour commencer à prendre soin de toi.

La dépression post-partum chez le père, comme l’anxiété paternelle, peut être accompagnée. Il existe des espaces bienveillants, sans jugement, conçus pour les pères, pas juste pour les mères.

Ce que je sais, après deux ans d’interviews et d’accompagnement : le simple fait de nommer ce qu’on vit, devant quelqu’un qui écoute vraiment, est déjà un excellent début.

Gardiens de la Naissance accompagne les futurs et jeunes pères. Le parcours audio est disponible en autonomie, dès la grossesse. L’accompagnement individuel est là pour quand tu as besoin d’un espace pour poser ce que tu portes.

Photos : Abner Lobo / Pexels, Cottonbro / Pexels

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